Les bases du recyclage

Aujourd’hui c’est la journée mondiale du recyclage. On fait des journées mondiales pour tous, même pour ça ! Voilà une belle journée qui se prépare à l’ombre d’un bel argument qui nous sauvera tous de notre surconsommation, il n’y a pas de doute … quoique ! Et si, au son du célèbre tube d’OrelSan “Basique”, on revoyait un peu les bases sur le recyclage ! Simple, basique. Basique, simple,…tatatata.. Simple, basique.

Vous vous dites peut-être que c’est une très belle journée que celle du recyclage, car il vaut mieux que nos déchets soient recyclés plutôt que de finir dans une décharge ou en pleine mer. Pas faux ! En outre, si vous êtes déjà dans une démarche zéro déchet, vous savez à quel point la prévention est la première étape de cette démarche. Et quand je dis prévention, je parle bien évidemment de “zéro déchet” c’est-à-dire “ne pas produire de déchets” ! Pourtant, depuis de 1884, année où Eugène Poubelle a inventé la poubelle, nos déchets ont vécus de réelles mutations, et malheureusement, pas toujours dans le bon sens du terme …

Reprenons les bases

Loin de moi l’idée de vous faire croire que le recyclage ne sert à rien et qu’il ne faut plus le faire. NON, continuez à le faire, c’est mieux que RIEN ! Mais il est cependant essentiel de connaître le mécanisme du recyclage pour comprendre que ce n’est pas la baguette magique à tous nos maux liés aux déchets, loin de là ! 

Ce que l’on peut reprocher au système de recyclage actuel, c’est qu’il n’y a pas d’informations claires sur le recyclage. Lorsque l’on recherche des chiffres ou des données sur le recyclage que ce soit en Belgique, en France, en Suisse, en Europe, on ne trouve que peu de sources fiables et transparentes. Et lorsqu’enfin, on tombe sur des chiffres, on se rend vite compte que ces chiffres divergent… fortement ! Mais pourquoi me direz-vous ?! Et bien parce que les calculs ne sont pas pris en compte au même endroit de la chaîne de traitement. Je m’explique.

Les centres de tri (ceux qui récupèrent vos déchets dans la rue ou dans les points de collecte) calculent le nombre de tonnes de déchets qui entrent chez eux et combien ils “préparent” pour le recyclage. Entendez par là qu’ils trient : càd qu’ils retirent les déchets qui ne pourront être recyclés, ceux-là iront à l’incinérateur – oups, pardon … on doit maintenant dire “centre de valorisation”. Les déchets sont alors compactés et ligaturés afin de former des balles d’environ 1 m3 et orientés vers des filières de recyclage. Un centre de tri n’étant pas un centre de recyclage. Simple, basique. Vous suivez toujours ?

Ceci rend donc très complexe l’analyse des chiffres. Les centres de tri fournissent des chiffres sur la quantité de déchets triés et, pour ce qui est du recyclage … étrangement, hé bien on ne prend souvent que le chiffre global, incluant tous les déchets (carton, verre, métaux et plastiques) … Et cela n’est pas étonnant car c’est plus valorisant ! 

Pour y voir plus clair, partons d’un article du site de Fost Plus (qui est, je le rappelle, responsable de la collecte et du recyclage des emballages ménagers en Belgique – l’équivalent de Eco-Emballage en France) :

Fost Plus a été créée à l’initiative de l’industrie et du commerce, afin de gérer la phase des déchets de leurs emballages. Cette initiative permet aux entreprises d’assumer leur Responsabilité Elargie des Producteurs. Aujourd’hui, plus de 25 ans plus tard, Fost Plus constitue plus que jamais le moteur de l’économie circulaire. Le modèle d’origine est devenu un système puissant dans lequel chaque partenaire, public ou privé, trouve sa place et joue son rôle. Grâce à une étroite collaboration tout au long de la chaîne et à l’efficacité du système de base, la Belgique atteint aujourd’hui des taux de recyclage de plus de 92 % pour les emballages ménagers. 75 % de ces derniers sont recyclés en Belgique, le reste étant assuré dans nos pays voisins.

On peut aussi y lire que Notre vision déterminée à long terme nous a permis d’atteindre un taux de recyclage de 46 % pour le plastique dès 2019. Nous sommes aussi déjà certains d’atteindre 50 % pour 2020, soit cinq ans avant la date prévue par les objectifs européens.Nous avons collecté 89 % des bouteilles de boissons PET en 2019, et nous avons atteint un taux de recyclage de 91 % pour l’aluminium (y compris canettes). ”

Applaudissement général ! Tout est magnifique et tout va bien dans le meilleur des mondes ! Merci Fost Plus !

Mais qu’en est-il si on analyse indépendamment chaque filière de recyclage : verre, métal, carton-papier, … et plastique ? Et qu’en est-il plus concrètement du recyclage des bouteilles PET, ces fameuses bouteilles qui se transforment comme par magie en polaire ou en veste ?  

Car c’est là que le bas blesse sérieusement ! Aujourd’hui, si on compare à l’échelle européenne, la France est dans le bas du classement. La Belgique est dans les bons élèves mais, malgré tout, elle n’est quand même qu’à 42% de plastiques recyclés !

C’est un peu comme si un élève se réjouissait d’avoir un 4 sur 10 à son interro de math ! 

A quand un baromètre du recyclage qui nous permettrait de voir jour après jour la quantité de déchets “réellement recyclés”, type par type, càd où toute la chaîne de valeur est prise en compte, depuis la production du plastique jusqu’au traitement ou la transformation finale ? Autant rêver car je pense qu’il y a plus à cacher qu’à montrer !

La face cachée du recyclage

Si de manière générale, le recyclage a des avantages tant d’un point de vue économique (pour les communes par exemple) qu’au niveau environnemental (moins de déchets jetés n’importe où ou brûlés et moins de matière première extraite), il n’en est pas moins que c’est un système quelques peu schizophrène.

Pour recycler, il faut plusieurs choses :

  • de la matière première (ou des ressources) : et cela crée ainsi un besoin continu de déchets à recycler pour alimenter les machines (des centres de tri, des filières de recyclage). On crée ainsi une pression sur ces fameuses ressources. Ainsi, plutôt que de motiver les citoyens à se tourner vers la prévention (zéro déchet), et bien on risque de les pousser à consommer du “recyclable” pour créer de la matière disponible et alimenter le système … Sauf que l’on ne peut pas recycler à l’infini certaines matières comme le plastique par exemple ! Conclusion, on n’est pas dans un cercle vertueux comme certains aiment le laisser croire !
  • de l’énergie : le recyclage n’est pas neutre d’impacts ! Atteindre des taux élevés de récupération de matières premières implique des opérations de séparation de matériaux qui peuvent nécessiter des processus industriels complexes, coûteux et énergivores (hydrométallurgie, pyrométallurgie…) même s’ils le sont moins que l’alternative classique de l’extraction. Et traiter et recycler des déchets, ça consomme toujours plus d’énergie que si ces déchets n’avaient pas été produits !
  • de l’eau et des éléments chimiques qui sont parfois nécessaires lors du traitement de certains déchets. 

Un effet pervers peut aussi apparaître, il s’agit de l’effet rebond, c’est-à-dire une augmentation potentielle de la consommation en lien avec une meilleure utilisation des déchets. Hein, qu’est-ce que tu racontes ?! Certaines études montrent que quand un individu sait que le recyclage de son bien est possible, celui-ci va d’autant plus consommer. Ainsi, encourager à recycler pourrait générer des comportements moins respectueux de l’environnement du fait d’une surconsommation des biens en question.

En outre, il y a un certain nombre de limites au recyclage car il existera toujours une fraction de matière qui sera perdue après utilisation, comme par exemple dans le cas de  l’électronique qui est difficile techniquement et coûteux à récupérer. Et c’est d’autant plus déterminant lorsque la consommation est croissante : la circularité, même parfaite, n’a alors que peu d’effets sur le long terme, et ne fait que retarder de quelques années les pressions sur les ressources.

Tous responsables ?

On ne cesse de nous rappeler à tout va que le tri des déchets implique chaque personne individuellement et repose sur son implication. C’est sûr que sans la participation active de ceux qui consomment et qui jettent, les entreprises et les collectivités locales ne pourraient pas récupérer les déchets.

Dernièrement les autorités belges ont mis en place un “nouveau sac bleu” autrement dit un nouveau sac de tri pour les PMC (Plastique – Métal – Canette) plus étendu (càq qu’on peut y mettre plus de types de plastiques qu’avant) pour d’une part “nous simplifier la vie” (merci ;p) mais aussi dans l’espoir d’augmenter les taux de recyclage des PMC : passer de 41% à 65%.

Champagne, on ne sera plus en échec mais on se contentera bien d’une note un chouya plus haute que la moitié !

Ainsi, grâce à ce sac, on risque d’arriver à ce fameux effet rebond. Si vous regardez bien ce que vous pouvez y mettre, vous verrez que l’on peut y déposer : des yaourts, des barquettes et raviers, des tubes à dentifrice … et même un paquet de chips. 

Après avoir sorti le champagne, on va pouvoir sortir les chips, c’est la fête aujourd’hui ! 

Voila le fameux effet rebond :  nous déresponsabiliser de nos choix, nous permettre de tout acheter sans se soucier des conséquences environnementales de ceux-ci. Mais ce que je trouve le pire dans toute cette histoire (et je ne vais pas me faire que des amis …), c’est qu’il s’agit d’une belle manière de  déresponsabiliser doublement les industriels qui produisent ces fameux emballages ! Plus besoin de réfléchir à des solutions circulaires, car le recyclage est LA solution.

Et qui plus est, vous savez qui siège dans le conseil d’administration de Fost Plus ? Je vous le donne en mille : ces mêmes industriels (entreprises alimentaires et FEVIA) qui produisent des produits avec des emballages qui détruisent notre planète !

La boucle est bouclée … une vraie économie circulaire que je vous disais ! 

Il est bien moins coûteux et bien plus commode pour ces industriels de déplacer l’attention vers les consommateurs et la responsabilité individuelle en matière de déchets que de modifier leurs pratiques de production et d’emballage. 

Pourtant, est-ce que la logique ne serait pas de dire que tous les produits mis sur le marché doivent respecter des règles environnementales strictes et ne plus autoriser des emballages qui ne fonctionnent pas sous le principe de la circularité ? Malheureusement, comme les emballages font partie du monde pétrolier (hé oui, il faut du pétrole pour produire du plastique), on se retrouve dans un marché qui rapporte beaucoup d’argent et où les lobbies sont ultra-puissants. Il suffit de voir comment cela se passe avec la Directive européenne sur le plastique à usage unique depuis la pandémie et où les lobbies du plastique tentent à tout prix de revenir sur les avancées réglementaires de ces dernières années.

Et si on brouillait un peu les pistes

Je ne pouvais pas finir cet article sur le recyclage sans passer par la case “Point Vert”. 
Connaissez-vous le label “Point Vert” ? Mais oui, celui que vous avez plus que certainement déjà vu sur l’un ou l’autre de vos emballages … en fait, presque tous !

Comme le rappelle Eco-Emballage (la firme qui gère le label Point Vert) : “Contrairement à une idée reçue, le Point Vert ne veut pas dire que l’emballage est recyclable. Il signifie que l’entreprise qui met en vente ce produit participe financièrement à la collecte, au tri et au recyclage des emballages.” 

Mais ce qui est perturbant, c’est que ce logo laisse, tout simplement par sa forme et ses couleurs, croire au consommateur qu’il achète un produit avec un emballage qui pourra être recyclé. Tout le monde s’y perd et ça fait des années que ça dure. Et jamais, au grand jamais, l’idée de changer ce logo en quelque chose de moins trompeur n’a été mis sur la table ! Après, quand on sait que la firme qui a lancé le Point Vert s’appelle Eco-Emballage alors qu’elle ne produit aucun “emballage écologique”, on comprend mieux que la confusion règne …

En conclusion …

“Le meilleur déchet est celui qui n’existe pas”

Simple, basique.
Celui qui n’est pas produit, celui qui ne doit pas être traité, celui qui ne doit pas être recyclé.
Basique, simple.
En d’autres mots : le zéro déchet, quoi ! On réfléchit en amont : après s’être posé la question de la réelle nécessité d’acheter ce produit, on se demande comment on peut se le fournir sans emballage.
Vive le vrac, vive le seconde main, vive le prêt, vive le fait maison … Vive le Zéro Déchet !

Simple, basique. C’est bon là, vous avez les bases ?

Sources :

2 réponses

  1. On est vraiment des pigeons……et ce, dans tous les domaines bien malheureusement.
    Personnellement, j’ai réduit mes déchets de façon drastique. Je ne suis pas encore au “zéro” déchet mais j’y fais très attention.

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