Épisode #5: Vivre avec les locaux de Cianjur, sur l’île de Java

Suite à des problèmes de transport, nous devons prématurément quitter Sumatra et sa nature luxuriante. Départ vers l’île de Java, la plus densément peuplée de notre voyage sur les îles d’Indonésie. Terre du café si connu, cette île recèle également de joyaux culturels et de volcans encore en activité, tels que le Bromo ou le fameux Ijen … le volcan de soufre. Des temples emblématiques tels que Borobudur et Prambanan, vestiges des religions bouddhistes et hindoues d’il y a plus d’un millénaire, ont de quoi vous couper le souffle.

Jakarta, ville tentaculaire et polluée a en perdre un poumon

Après être passé par toutes les réponses possibles, on finit par nous confirmer qu’il n’y a pas de train de Lubukliingau vers Bandar Lampung tel que mentionné dans la dernière version de Lonely Planet (super, merci, j’adore) et identifié sur la carte de Sumatra. Premier coup dur de notre voyage. Nous devrons donc prendre la décision de sauter l’étape dans la vallée de Kerinci et son magnifique volcan. Nous ne passerons pas non plus par Bengkulu qui nous aurait permis de voir la mer.

Nous rendre en taxi vers Bandar Lampung pour prendre le ferry aurait demandé plus de 40 heures de voiture. Autant vous dire que sur les routes de Sumatra, cela aurait été un réel calvaire (il faut le vivre pour le croire !), surtout pour miss n°2 qui n’en peut plus d’être malade sur ces chemins sinueux et cabossés. A contre-cœur, nous décidons de prendre l’avion pour passer vers Java.

Je ne vous dis pas notre déception et notre dégoût ! D’autant plus que la veille, la région ouest de Java, et donc Jakarta, fût touchée par un tremblement de terre de magnitude 6.9, avec une alerte au tsunami (qui a été levée quelques heures après).

Nous quittons la Vallée d’Harau en direction de Padang où nous passerons une nuit dans un hôtel miteux, aux murs de carton-pâte où le chant des mosquées voisines se jouent la guerre à celle qui criera le plus fort, le tout à 4h du matin. Même les bouchons d’oreille ne suffisent pas. Autant dire que notre désir de quitter au plus vite cette drôle de ville de bord de mer s’en fait ressentir au plus haut point !

Après avoir heureusement atterri sans encombre, le pilote de Lion Air étant quelque peu limite dans sa conduite, nous touchons le sol de Jakarta. Direction un hôtel que nous avons réservé au plus proche de notre point de départ, la gare de Tanah Abang, pour notre prochain stop qui se fera chez les Baduy, une communauté coutumière d’Indonésie refusant toute forme de modernité.

Les Baduy se divisent en deux sous-groupes : les Baduy Dalam (« Baduy de l’intérieur ») et les Baduy Luar (« de l’extérieur »). Les non-Baduy n’ont pas le droit d’entrer en contact avec les Baduy Dalam, mais peuvent rencontrer des Baduy Luar. Nous avions entendu parler de cette communauté lors de la préparation de notre voyage. C’était pour moi, un coup de cœur. Je voulais y passer 2 jours et une nuit pour comprendre comment ils arrivent à ne pas se conformer à notre société de surconsommation.

Deuxième coup dur de notre voyage, notre guide nous apprend qu’il ne sera pas disponible avant le lendemain. Ceci impliquait donc de rester une nuit de plus à Jakarta. Malgré que nous sommes citadin, imaginer rester dans la ville la plus peuplée d’Indonésie (qui équivaut à toute la population de la Belgique en son sein !) mais aussi dans sa pollution extrême (qui dépasse très régulièrement le seuil de pollution préconisé par l’OMS : une journée passée à Jakarta équivaudrait à fumer 7 cigarettes !), il nous était impensable de rester un jour de plus. Nous devons quitter cette ville au plus vite et cela mettra une croix définitive sur mon espoir de rencontrer les Baduy …

Warung dans les rues animées de Jakarta

Il n’y a pas de hasard, juste des rencontres

Retrouver notre hôtel dans cette ville tentaculaire n’a pas été une simple partie de plaisir. Notre taxi qui pourtant nous confirmait connaître le lieu se perd et n’a évidemment pas de GPS. Nous atteindrons avec effroi notre hôtel : celui-ci se situe dans une des zones très animées de Jakarta, là où quasi aucun blanc ne met presque jamais les pieds…

Nous devons sortir de notre hôtel pour chercher à manger. Fort heureusement, il y a des « warung » (restaurants de rue) partout autour de l’hôtel. Il fait noir mais nous ne passons pas inaperçu avec notre peau blanche (cela devient une habitude). Nos peurs se dissipent doucement. Les personnes sont adorables et essayent de nous aider. Un indonésien nous propose de nous asseoir à côté de lui pour manger nos mie goreng et nasi goreng, ultra épicés malgré le traditionnel « tidak pedas » (non piquant) mentionné.

Cet indonésien très chaleureux s’appelle Hombong et tente tant bien que mal de parler en anglais avec nous. Il est accompagné de sa femme et d’un couple d’amis. Et comme un hasard ne vient jamais seul, dans la conversation, il me demande si nous allons aller visiter les Baduy … car il est lui-même Baduy.

J’ai des étoiles dans les yeux. Même si je ne pourrai pas aller dans leur village, je pourrai dire que j’en ai rencontré un. Il ajoute que comme il est ici à Jakarta, il a dû s’habiller normalement. Lorsqu’il est à son village, il est vêtu de bleu (Baduy extérieur) et doit être pieds nus.

Moi (et mes étoiles dans les yeux) aux côtés Hombong, Baduy

Centre de recyclage à Cianjur

Notre dévolu pour notre prochaine destination sera Cianjur où j’ai découvert qu’un centre de recyclage de plastique, Barokah Plastik, y est installé. L’occasion de voir comment le plastique omniprésent en Indonésie (et dans plein d’autres pays, ne nous voilons pas la face) y est traité.

Nous logerons littéralement au sein d’une famille soudanaise à Cianjur, chez Kus (prononcé « Kous »). Ça ne s’invente pas, sa homestay s’appelle « Bule Homestay », littéralement, chambres d’hôtes pour les blancs 😉. Nos chambres sont directement dans leur maison et nous mangerons tous ensemble (enfin une partie car les enfants et les femmes mangent en-bas).

Repas tous ensemble à la Bule Homestay
Kus qui nous a préparé de la Sambal maison. Attention, ça piiiique !

Malheureusement, notre agréable hôte nous apprendra que le centre de recyclage est fermé. Le propriétaire étant décédé il y 2-3 ans, tout s’est arrêté. Un coup dans l’eau de plus pour nos découvertes… Comme cette usine n’était pas reconnue par l’Etat, elle faisait partie de l’économie informelle du pays. Ceci met en lumière le système peu cohérent de la gestion des déchets en Indonésie et sa fragilité si des moyens publics ne sont pas investis pour soutenir ce type d’acteurs.

Tanpis, nous profiterons de nos deux jours sur place pour découvrir la région et ses alentours accompagnés de l’oncle de Kus, Chevy, et d’un ami guide, Andang. Au programme : visite d’une production de thé et découverte du village flottant de Cheraka Lake.

Cianjur, c’est aussi un magnifique marché traditionnel. Des odeurs, des saveurs, des couleurs, des produits dont parfois et même souvent on ne connaît pas le nom. Pour nous, famille zéro dechet, c’est surtout un lieu magique pour être en contact direct avec les locaux, tenter de partager une petite conversation avec eux, être pris en selfie 😉 (nous restons l’attraction du village évidemment), mais aussi pour acheter en vrac. Nous avons même pu y trouver des céréales petit-dejeuner en vrac pour le bonheur de nos filles, qui doit-on bien l’avouer, commencent à saturer du riz à tous les repas 😁

Culture et fabrication du thé

Saviez-vous qu’entre le thé noir, blanc ou vert, il n’y a pas réellement de différence ? Ils proviennent tous de la même plante, c’est juste le procédé de traitement qui change. Le thé blanc est la tête de la jeune plante, ce qui la rend assez rare et explique son coût élevé. Le thé vert n’est pas chauffé, il est juste séché. Tandis que le thé noir a subi une oxydation qui rend la feuille noire.

Le thé provient de l’arbre à thé, le silver oak. Dans de longues étendues à perte de vue, le matin, les travailleuses récoltent les poussent à la main, munie d’un chapeau typique pour se protéger du soleil. La cueillette a lieu deux à trois fois par an. L’île de Java renferme 60% de la production indonésienne. Le reste de la production se concentre au nord de l’île de Sumatra.

Lorsque les feuilles ont été récoltés, elle sont séchées plusieurs heures dans un séchoir à sec, sur de grandes planches dans un grenier bien aéré et tempéré. Elles flétrissent tranquillement à l’air libre, il s’agit de l’étape de « withering ». Au cours du flétrissage, la teneur en eau de la feuille est réduite d’environ un tiers à la moitié, ce qui rend la feuille flasque et souple. Cela prépare la feuille pour un traitement ultérieur, y compris la mise en forme et le laminage. Cela active également ses arômes.

La deuxième étape est de supprimer l’humidité des feuilles. Elles sont placées dans une pièce ayant une humidité de 18°C et bien aérée. Elles seront par après mises dans une sorte de centrifugeuse grillagée afin de les brasser et seront aussi meurtries et déchiquetées à la machine pour en augmenter l’oxydation.

Après avoir été séchées au four à une température qui passe de 50 à 150 degrés, les feuilles sont triées pour être emballées selon leur taille de feuilles : feuilles presque entières, morceaux de feuilles ou poudre (comme pour les thés en sachet). Les prix qui en résulte sera alors différent.

Processus de fabrication du thé noir
Champs de culture de thé
Cueilleuses de thé
Étape de suppression de l’humidité des feuilles de thé
Séchage du thé dans le four
Triage du thé

Village flottant de Cheraka lake

Après avoir mangé une spécialité indonésienne, un gado-gado (une préparation de légumes à la sauce cacahuète, une tuerie !), direction Cheraka lake. Sur ce lac artificiel se sont installées des centaines de fermes piscicoles.

Nous découvrirons au fil de l’eau ses maisons flottantes appartenant à des familles qui gardent et nourrissent en alternance les poissons. Ceux-ci seront revendus pour l’aquariophilie ou pour la consommation. Depuis sa tour, le propriétaire de la pisciculture alimente régulièrement les différents bacs de poissons pour qu’ils grossissent plus vite.

Nous descendrons sur une de ces maisons. Il faut être agile pour déambuler sur les étroites passerelles de bambou et atteindre les bassins. Nous profiterons de cette halte pour pêcher avec une petite canne à pêche, toute simple : une tige de bambou et une bobine de fil avec un appât maison. Chacun se prêtera au jeu et arrivera à en attraper un. Mais le clou du spectacle est certainement la séance de « fish thérapie » : de petits poissons noirs vous chatouillent les pieds afin d’en retirer les peaux mortes. Digne d’une séance de torture, il faut être fort pour ne pas hurler de rire et tenir plus de 3 secondes !

Maisons flottantes de Cheraka lake

Ce qui est surprenant sur cette ces villages flottants c’est d’y trouver des chats et des chiens. Nous apprendrons qu’en réalité ils sont là afin d’éloigner les rats et les souris qui rôdent près des maisons. Espérons qu’ils n’aient pas le mal de mer.

Le lendemain, nous partons pour une longue route. Cette fois-ci, en train ! On l’avait tant espéré celui-là que l’on se promet de savourer ce trajet à la petite cuillère ! Direction Yogjarkarta, sa culture, sa ville colorée ainsi que la découverte des temples Borobudur et Prambanan.

4 commentaires sur « Épisode #5: Vivre avec les locaux de Cianjur, sur l’île de Java »

  1. Bonjour ! Je viens de rentrer de nos vacances pour trouver que on a fait presque le même trajet que vous! Sauf on est rester en Sumatra et on avait 4 semaines. On a fait Bukit Lawang, Abdi homestay etc! Trop drôle et dommage qu’on se n »
    est pas croisé la- bas! Profitez encore bien! Ellen

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.