Épisode #6: L’or bleu, inépuisable ?

L’or bleu coule à flot dans notre société ultra consumériste. L’eau est tant indispensable pour nous hydrater que pour produire nos besoins les plus futiles soient-ils. Nous l’utilisons également sans compter pour cuisiner, pour nous laver et pour nos sanitaires. Ici en Indonésie, le constat est tout autre. Même si l’eau est partout, une majorité de cette eau ne sera pas consommable, rendant les populations dépendantes de l’eau en bouteille et donc de grandes multinationales. Prisonnière de cette réalité, ce sont les populations les plus pauvres qui en pâtissent.

Attention, l’eau monte !

Un constat est clair, les problèmes d’immigration iront crescendo : guerres, sécheresses mais aussi montées des eaux, nous sommes tous susceptibles un jour d’être migrant climatique. A ce titre, je citerai un exemple ironique : le Président, Joko Widodo a récemment décidé de déplacer la capitale de l’Indonésie à l’est de Bornéo au lieu de la garder à Jakarta. La capitale souffrirait d’une mauvaise planification urbaine, ce qui fait qu’une bonne partie des habitants n’a pas de réseau d’adduction d’eau et puise alors dans les nappes phréatiques (sous la ville) ce qui entraîne l’affaissement de quartiers entiers. Plutôt que faire face aux réalités, fuyons plutôt nos responsabilités ! Ce constat n’est qu’un exemple parmi tant d’autres malheureusement !

En outre, l’eau est devenue une denrée rare et est au centre des préoccupations de développement, d’autant plus que ce sont souvent les populations les plus fragilisées qui n’en bénéficient pas !

Selon Catherine Baron, socio-économiste à l’Université de Toulouse, « considérer l’eau comme un bien commun permet d’innover dans sa gestion, au-delà d’une opposition classique entre service publique et bien privé ». Je trouve cette interprétation très lucide.

Il est donc primordial de ne pas privatiser l’eau, au contraire de certaines multinationales, comme par exemple Nestlé, qui considèrent que l’eau a une valeur marchande, et donc est source de bénéfices. Sachant que Nestlé Waters (et ses marques Perrier, Vittel ou San Pellegrino) est la première entreprise de distribution d’eau en bouteille au monde, on comprend mieux où se situe ses intérêts.

En 2010, l’ONU a reconnu que l’accès à une eau potable, salubre et propre est un « droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme. ». Une lueur d’espoir ?

Ambiguïté d’une société pourrie gâtée

Ce qui est donc complètement aberrant, c’est de voir que nous sommes dans des pays où l’eau potable est disponible à souhait dans nos robinets, à un prix totalement démocratique (200 fois moins chère !!!) en comparaison à l’eau en bouteille mais que nous la boudons car elle nous paraît impropre. Au mieux, elle est utilisée pour cuisiner ou (et c’est sans doute ce qui la rend impropre à nos yeux) pour nos sanitaires. Serions-nous trop pourris gâtés ?

Dans beaucoup de pays, et en l’occurrence en Indonésie, l’eau potable n’existe pour ainsi dire pas. Les locaux sont donc obligés d’acheter de l’eau en bouteille et de soutenir indirectement le système pervers de privatisation de l’eau. En Indonésie, la vie coûte environ 15 fois moins chère qu’en Belgique mais l’eau en bouteille coûte quasi le même prix que chez nous (sur base de leur pouvoir d’achat). L’eau est donc une denrée précieuse pour eux. Parfois, les soft (Coca-cola, Sprite, …) sont au même prix que l’eau ou même moins chers !

Opulence de plastique en mer, dans les rivières, …

À la cela s’ajoute une autre problématique qui devient un réel fléau : le plastique ! A l’échelle du nombre d’habitants sur les îles indonésiennes (rappelons que Jakata concentre la même quantité de population que la Belgique), la consommation d’eau en bouteilles jetables génère une pollution catastrophique !

Lors de notre voyage, nous avons été témoins de la quantité de déchets, quasi tous en plastique, présents partout : mer, rivières, nature, … Les habitants ne sont pour la plupart pas conscients des dégâts que cause le plastique dans leur magnifique pays. Ils jettent ci et là leurs emballages uniques sans se poser la moindre question. Ce fût donc toujours écœurés et impuissants que nous assistions à ce triste spectacle (dans notre prochain article, nous vous expliquerons comment nous avons, à notre mesure, participé à la sensibilisation à cette problématique).

Une rivière débordant de déchets

Nous n’avons pas eu d’infos claires sur la collecte des déchets en Indonésie. Elle n’est d’ailleurs souvent pas ou peu existante. Et quand elle existe, elle coûte un tel prix que les habitants ne peuvent se le permettre, ou seulement ceux qui en ont les moyens.

Sur notre chemin, nous avons parfois croisés des personnes, pour la plupart âgées, qui tentaient de récolter des cartons ou des bouteilles en plastique mais on ne sait pour quelles raisons. Il y a aussi certaines tentatives de récoltes des déchets … avec la moitié à côté.

Panière à déchets …avec trop de déchets encore à côté.

Alors, beaucoup d’habitants ont trouvé la parade et brûlent leurs déchets en bordure de route ou dans leur jardin… générant une pollution nocive. De l’aluminium, du plastique, … mélangés à des déchets organiques, un poison pour la santé (dégagements de monoxyde de carbone, de dioxyde de carbone, méthane, hydrocarbures chloré, le chlorure d’hydrogène, particules fines …) lorsqu’ils sont brûlés ! Et n’oublions pas le CO2 dégagé dans l’air.

Zéro bouteille d’eau, est-ce possible ?

La question qui s’est posée longtemps dans nos préparatifs du voyage fût celle de l’eau. Nous ne voulions aucunement devoir acheter des bouteilles d’eau, d’autant plus qu’elles ne seraient pas recyclées et qu’elles serait en plastique.

Nous avons alors beaucoup cherché pour trouver LA solution ! Et à force de persévérance et de détermination, nous avons trouvé les alliés qui allaient nous accompagner pendant notre voyage : une gourde filtrante et une pompe filtrante.

En quoi cela consiste-t-il ?

Gourde filtrante et pompe filtrante

Une gourde filtrante. Il s’agit de ma gourde inox fétiche que je traîne partout avec moi et pour laquelle nous avons trouvé un système de filtre, en réalité une paille filtrante, qui s’adapte à son goulot. Hors de question de devoir acheter une nouvelle gourde, d’autant plus qu’elle allait encore une fois être en … plastique ! Ce système est composé d’un filtre sur lequel on peut également ajouter un filtre charbon actif.

Avec cela, on peut filtrer plusieurs centaines de litres d’eau. À la différence d’une autre gourde, il faudra aspirer (telle une paille) et la filtration se fera directement à la consommation. Le filtre bloque les bactéries jusqu’à 20 microns et le filtre charbon actif retire le goût, les odeurs et filtre la pollution chimique de l’eau.

Il s’agit de la paille filtrante Livestraw, qui est aussi fournie avec un adaptateur pour une gourde à large goulot.

La pompe filtrante est quant à elle une pompe utilisée par l’armée américaine de la marque MSR. Ils s’agit de la MSR guardian. Son mécanisme est différent de celui du filtre de la gourde (par aspiration). La pompe s’adapte à une gourde à gros goulot. Le principe est de pomper l’eau depuis une source quelconque d’eau (robinet, rivière, fontaine …) mais pas d’eau de mer. Son niveau de filtration est de 20 nanomètres, ce qui permet de bloquer aussi bien les bactéries que les virus.

Ces deux outils nous ont permis de ne pas devoir acheter de bouteilles d’eau pendant notre voyage.

À Amed et à Nusa Penida (tout deux sur Bali) il était impossible de filtrer notre eau car l’eau du robinet était salée et impossible d’en retirer le goût du sel, vraiment trop présent.

Et vous n’êtes jamais tombés malades ?

En fait, nous n’avons eu qu’une seule mauvaise surprise avec l’eau consommée car il s’agissait d’une source d’eau qui n’était pas propre : le propriétaire nous avait dit que c’était de l’eau de montagne alors que l’eau provenait d’une citerne d’eau de pluie qui récoltait les eaux provenant de toitures, quasi toutes en tôles d’acier rouillé (assez oxydable) et, dans ce cas, la pompe filtrante ne pouvait en aucun cas bloquer la pollution chimique. Rien de grave heureusement, juste une bonne tourista d’un à deux jours …

A notre attirail s’est ajouté le fait que certains logements proposaient la possibilité de remplir nos gourdes. Cela se faisait au moyen d’une fontaine (gros bidons réutilisables) ou avec de l’eau qu’ils avaient préalablement bouillie.

Lors de nos repas en warung, si nous n’avions pas nos gourdes avec nous (ce qui était rarement le cas), nous évitions les bouteilles en plastique en commandant un thé glacé maison ou en bouteille en verre, en veillant à chaque fois à mentionner « no pastic, no straw » (pas de plastique, pas de paille) afin d’éviter la paille devenue si coutumière sur ces îles… ce qui ne marchait malheureusement pas à chaque fois.

Cependant, nous avons été agréablement surpris de voir que l’île de Bali est pour sa part très engagée sur ce point et qu’il est souvent possible d’avoir des pailles en bambou ou en inox au lieu de la traditionnelle version en plastique ! Comme quoi, certaines choses bougent, même si c’est un micro-saut de sauterelle vu l’ampleur de la problématique du plastique sur ces îles paradisiaques !

Vive les pailles en bambou dans les warung de Bali

Et pour les toilettes alors ?

Une autre expérience en lien avec l’eau et que nous n’avions pas tout de suite imaginé vivre fût la découverte des « mandi », c’est-à-dire les toilettes mais aussi, chez eux, la salle de bain (c’est un même lieu). En indonésie, celles-ci sont différentes des toilettes telles qu’on les connaît en Belgique. Tout d’abord par le fait que vous n’y trouverez pas de papier toilette (oui vous lisez bien). Deuxièmement, pour sa version la plus simple, elle est également munie d’un bassin d’eau avec un petit seau et pour les versions plus sophistiquées d’une douchette minijet.

Mandi (toilette à l’indonésienne)

Nos premiers jours en Indonésie furent donc un peu surprenants sur ce point. Même si nous sommes déjà passé au papier toilette lavable, on restait quand même habitué à l’utilisation de papier toilette. Devoir s’en passer risquait fort de nous rappeler nos virées en forêt où, au milieu de nulle part, nous devions faire pipi ou …popo.

Un peu perdus sur la manière de faire, nous avons pris notre courage entre les mains et avons alors osé demander au taximan et au responsable de la homestay (question sensible, bonjour) comment ils faisaient.

Il faut savoir que dans leur culture, ils mangent avec les doigts mais, si vous regardez bien, jamais avec la main gauche ! Et savez-vous pourquoi ? Car il s’agit de la main qu’ils utilisent pour se nettoyer après avoir été aux toilettes. Ils utilisent alors l’eau de la grosse bassine et le petit seau pour se laver le fessier. Mais rassurez-vous avant chaque repas, il est indispensable de se laver les mains. D’ailleurs dans beaucoup de restaurants, un évier spécifique pour le lavage des mains est à disposition.

Au gré de notre chemin, nous avons alors découvert différents types de mandi et nous sommes pris au jeu. Tant la douchette était entrée dans nos meurs (c’est pas désagréable tout compte fait), tant le mandi avec le seau fut loin de faire l’unanimité dans la famille. En passant sur Bali, nous avons été un peu déçu, doit-on l’avouer, de voir que la tradition de la douchette se perd au détriment du papier toilette, probablement pour ne pas déplaire aux nombreux touristes. On reprend donc assez vite nos habitudes d’européens.

Prochain épisode : 5 jours à Pemuteran pour sauver les tortues, faire grandir des coraux, nettoyer la plage et compenser notre empreinte CO2.

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